En 2026, le football féminin dans le monde arabe, c’est l’histoire d’un pays qui a bâti un système complet et d’une région qui, pour l’essentiel, en pose encore les fondations. Parmi les sélections féminines arabes étudiées ici, le Maroc possède la sélection la mieux classée, et il a déjà disputé une Coupe du monde. Il a aussi atteint le dernier carré des trois Coupes d’Afrique des nations féminines (CAN féminine, ou WAFCON) qu’il a accueillies, avec deux finales à la clé. La plupart des autres fédérations arabes pointent bien plus bas au classement FIFA, avec des championnats plus jeunes et des clubs nettement moins financés.

L’écart tient aux structures, à commencer par la rémunération des joueuses et par des règles qui permettent, ou non, à chacune d’entrer sur le terrain.

Classement FIFA féminin : où se situent les pays arabes en 2026

Dans cet article, le monde arabe désigne les 22 membres de la Ligue arabe. Le tableau reprend neuf de leurs fédérations telles qu’elles figurent sur les pages pays de la FIFA dans le dernier classement FIFA, consulté le 27 octobre 2026. Le Maroc arrive en tête, et seules trois des neuf sélections figurent dans le top 80. La prochaine mise à jour officielle est attendue le 7 décembre 2026.

Pays Rang FIFA Points Source
Maroc 64e 1 384,71 FIFA
Algérie 73e 1 346,06 FIFA
Jordanie 79e 1 283,62 FIFA
Tunisie 107e 1 174,95 FIFA
Égypte 113e 1 159,69 FIFA
Émirats arabes unis 125e 1 126,67 FIFA
Palestine 127e 1 111,40 FIFA
Liban 130e 1 100,95 FIFA
Arabie saoudite 157e 980,32 FIFA

Le Maroc n’est pas à son sommet : son meilleur classement FIFA est une 52e place et son plus mauvais une 83e, selon la page de la FIFA consacrée au Maroc. L’Arabie saoudite est une nouvelle venue : elle a fait son entrée au classement à la 171e place en mars 2023.

Le classement FIFA mesure les résultats des sélections nationales et dit peu de chose des championnats, précisément le terrain sur lequel le Maroc se distingue le plus de ses voisins.

Comment le Maroc a bâti un système complet

L’essor marocain repose sur un choix délibéré : financer le football de clubs, puis s’appuyer sur les tournois de sélections pour le montrer à un large public. Pour approfondir ce modèle, voir l’analyse complète consacrée au Maroc.

Date Étape
En 2020 La FRMF finance les salaires de 44 clubs féminins
Juil. 2022 Le Maroc accueille la CAN féminine et atteint la finale
Juil.-août 2023 Première équipe arabe en Coupe du monde féminine, qualifiée pour les huitièmes de finale
Juil. 2025 Deuxième finale de CAN féminine à domicile, perdue 3-2 face au Nigeria
Nov. 2025 L’AS FAR remporte une deuxième Ligue des champions féminine de la CAF
Août 2026 Quatrième d’une CAN féminine à domicile, qualifié pour la Coupe du monde 2027

Payer les clubs et les joueuses

Kelly Lindsey, responsable du football féminin à la Fédération royale marocaine de football (FRMF), a détaillé le dispositif dans un entretien accordé à la FIFPRO en 2020 et republié par le syndicat suisse des joueurs, la SAFP. La fédération finançait alors les salaires des joueuses et du personnel de 44 clubs, 14 en première division et 30 en deuxième. Les clubs devaient compter un effectif de 25 joueuses, et ce financement atteignait environ 6 millions de dollars par an, d’après cet entretien.

Un autre article, publié par This Is Africa, évoquait un budget du football féminin de six millions d’euros pour 2020-2021, contre un million auparavant. Les deux chiffres proviennent de sources différentes et ne sont pas exprimés dans la même monnaie. Aucun des deux ne doit être lu comme un budget officiel publié par la FRMF.

Un salaire garanti fait du football un métier, et non plus un loisir casé entre le travail et les études. Un effectif minimal oblige quant à lui les clubs à construire de vrais groupes plutôt qu’à s’appuyer sur une poignée de titulaires.

Les titres continentaux de l’AS FAR

L’AS FAR a remporté la Ligue des champions féminine de la CAF en 2025 en battant l’ASEC Mimosas 2-1 à Ismaïlia, le 21 novembre 2025. C’était son deuxième titre, après celui de 2022.

Des tournois à domicile et une série de finales

Pays hôte, le Maroc a atteint la finale de la CAN féminine 2022, une première pour une équipe arabe, avant de s’incliner 2-1 face à l’Afrique du Sud à Rabat, le 23 juillet 2022.

Trois ans plus tard, il retrouvait une finale à Rabat. En finale de la CAN féminine 2024, disputée le 26 juillet 2025, le Nigeria a battu le Maroc 3-2 alors que les Marocaines menaient 2-0, offrant au Nigeria un 10e titre.

Le Maroc a ensuite accueilli la CAN féminine 2026, sa troisième édition consécutive. C’était la première à 16 équipes, initialement prévue en mars et finalement disputée du 26 juillet au 16 août 2026. Les quatre demi-finalistes se sont qualifiés pour la Coupe du monde féminine 2027.

Le Maroc a atteint les demi-finales mais a terminé quatrième. Dans le match pour la troisième place, l’Algérie a fait 1-1 contre le Maroc avant de s’imposer 3-2 aux tirs au but. Le Maroc, le Cameroun, le Malawi et l’Algérie ont tous décroché leur billet pour le Brésil, et le Cameroun a remporté la finale 3-0 face au Malawi.

La percée de la Coupe du monde 2023

Le Maroc a été le premier pays arabe qualifié pour une Coupe du monde féminine. L’équipe a commencé par une défaite 6-0 contre l’Allemagne avant de battre la Corée du Sud 1-0. Ghizlane Chebbak a déclaré que l’équipe était « honorée d’être le premier pays arabe à y participer » (traduit de l’anglais), dans la dépêche de l’AP reprise par NBC Miami.

Le 3 août 2023, Anissa Lahmari a marqué dans le temps additionnel de la première période pour battre la Colombie 1-0, faisant du Maroc la première équipe arabe et nord-africaine à atteindre la phase à élimination directe d’une Coupe du monde féminine. L’aventure s’est arrêtée en huitièmes de finale, où la France s’est imposée 4-0 au Hindmarsh Stadium d’Adélaïde, le 8 août.

Pourquoi la plupart des fédérations arabes sont moins avancées

Hors du Maroc, la plupart des programmes féminins arabes construisent encore les institutions que le Maroc a mises en place il y a des années. L’Algérie montre à quelle vitesse un écart peut se réduire : 73e au classement, elle a battu le Maroc aux tirs au but pour la troisième place de la CAN féminine 2026 et s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2027. Le Liban, ancienne sélection de l’autrice, pointe au 130e rang.

Des championnats jeunes et des débuts tardifs

L’Arabie saoudite illustre le mieux un démarrage tardif adossé à de nouvelles institutions. La Fédération saoudienne de football a annoncé la création de son championnat féminin de première division le 15 septembre 2022, avec huit équipes et une saison lancée le 13 octobre 2022. Une deuxième division de 17 équipes réparties dans trois régions a vu le jour en même temps. La sélection nationale a fait son entrée au classement FIFA en mars 2023 et occupe aujourd’hui la 157e place. L’analyse du football féminin en Arabie saoudite détaille ce modèle.

La Jordanie, 79e, possède la troisième meilleure sélection du tableau et une présence en clubs sur la scène asiatique. L’Etihad Club a disputé le tour préliminaire de la Ligue des champions féminine de l’AFC 2025-2026 et s’est incliné 2-0 face aux Lion City Sailors, le 25 août 2025.

Manque d’opportunités et normes sociales

On explique souvent l’écart par le conservatisme social. Les recherches menées dans le Golfe nuancent cette lecture. Le Center for International and Regional Studies de l’université de Georgetown au Qatar soutient que c’est le manque d’opportunités, et pas seulement les normes sociales, qui a freiné les femmes au Qatar.

Le chapitre de Charlotte Lysa dans Sport, Politics and Society in the Middle East (Oxford University Press, 2019) analyse la manière dont les footballeuses qatariennes composent avec les attentes liées au genre qui pèsent sur leur pratique. Les deux études portent sur le Qatar. Mises en regard du parcours marocain, elles laissent penser que là où existent des championnats, des terrains et des filières rémunérées, le débat social se déplace. Cette hypothèse reste à vérifier à l’échelle de la région.

Un manque de données qui masque le problème

L’enquête de la FIFA auprès des associations membres sur le football féminin, publiée en août 2023, recensait environ 16,6 millions de joueuses, femmes et filles, pratiquant dans un cadre organisé, soit près d’un quart de plus qu’en 2019. La FIFA présente ses résultats par confédération, et les fédérations arabes se répartissent entre les confédérations asiatique et africaine : l’enquête ne propose donc aucune ventilation pour le monde arabe. Aucune donnée régionale sur la rémunération des joueuses n’a pu être trouvée pour cet article.

Sans ce point de référence, les fédérations peuvent annoncer des programmes sans que personne ne puisse mesurer si le nombre de joueuses ou leurs salaires ont réellement progressé.

Visibilité : ce que montrent les affluences marocaines

Les résultats du Maroc se sont accompagnés d’affluences à la hauteur. La finale de la CAN féminine 2022 à Rabat a attiré environ 50 000 spectateurs, un record d’affluence pour la compétition, et la demi-finale entre le Maroc et le Nigeria en a réuni 45 562.

Un stade plein prouve l’existence d’un public auquel sponsors et diffuseurs peuvent attribuer une valeur, et rend plus facile à défendre le maintien des financements publics. Il montre aussi aux filles assises en tribune que le football peut devenir un métier.

Ailleurs dans le monde arabe, on ne trouve guère de chiffres d’affluence comparables pour les matchs féminins, si bien que la visibilité des autres sélections reste difficile à mesurer. Dr Toufaily aborde ces questions lors de ses interventions à la télévision et en podcast.

La question du hijab

Le football international a tranché la question du couvre-chef en 2014. Le 1er mars 2014 à Zurich, l’IFAB et la FIFA ont autorisé le port d’un couvre-chef pour des raisons religieuses, au terme d’une période d’essai de deux ans demandée par la Confédération asiatique de football. Le couvre-chef doit être de conception simple et de la même couleur que le maillot.

Ce changement de règle a trouvé sa plus grande scène en 2023, lorsque la Marocaine Nouhaila Benzina est devenue la première joueuse à porter le hijab lors d’une Coupe du monde féminine senior, face à la Corée du Sud, le 30 juillet.

En France, le Conseil d’État a validé l’interdiction des signes religieux ostensibles édictée par la Fédération française de football pour les matchs, le 29 juin 2023. Il a jugé ce dispositif, inscrit à l’article 1 des règlements de la fédération et en vigueur depuis 2016, « adapté et proportionné ». Concrètement, une joueuse ne peut pas porter le hijab lors des matchs organisés par la fédération française, alors qu’elle pourrait le porter en Coupe du monde.

Le règlement international autorise le couvre-chef, mais une fédération nationale peut toujours le restreindre dans ses propres compétitions. Pour les joueuses du monde arabe ou qui en sont originaires, les terrains où elles peuvent jouer dépendent parfois de la fédération qui organise la compétition.

Ce qu’il faudra suivre en 2026 et 2027

Le 7 décembre 2026, la FIFA doit publier son prochain classement féminin officiel, le premier à refléter pleinement la position de la région après les tournois continentaux de l’été.

Le grand test sera la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil. Deux équipes arabes, le Maroc et l’Algérie, sont qualifiées. Le Maroc sera jugé à l’aune de son huitième de finale de 2023. L’Algérie, elle, jouera pour montrer qu’un deuxième système arabe peut rivaliser à ce niveau.

Le championnat saoudien n’existe que depuis 2022, et les clubs jordaniens courent encore après les résultats en compétition asiatique. Le parcours du Maroc laisse penser que les fédérations qui investissent dans leurs clubs seront les mieux placées pour combler l’écart ; publier des données sur les joueuses et leurs salaires permettrait à des observateurs extérieurs de vérifier si cet argent porte ses fruits. Les profils par pays figurent dans les autres articles consacrés au football féminin arabe.